MALI : Découpage administratif: Les communautés du nord tirent la sonnette d’alarme !

Alassane Cissé

La réorganisation territoriale du Mali suscite aujourd’hui une vive tension entre les populations de toutes les régions du pays notamment celles de Tombouctou et Taoudeni.

Certaines populations continuent de montrer leur désarroi et tirent la sonnette d’alarme contre le projet du découpage administratif initié par les autorités du pays. C’est pourquoi les populations des circonscriptions administratives de Tombouctou, de Taoudéni et de Goundam  se mobilisent  contre ce découpage. À noter que dans le cadre de ce découpage territorial à la hauteur des attentes des populations locales, le Chef Général de la Tribu des Kel Ansars de Tombouctou, Monsieur Abdoul Magid Ag Mohamed Ahmed Al Ansary dit Nasser a initié courant 2016, en collaboration et synergie constante avec des cadres aussi responsables qu’attentifs, « le Projet de la Région des Lacs ». Un projet qui tient beaucoup aux entités et communautés concernées dans la Région de Tombouctou. 

Il faut d’abord souligner que la question relative à la réorganisation territoriale du Mali  fait aujourd’hui couler  beaucoup d’encres et de salives, notamment au sein des communautés de Tombouctou, de Taoudéni et du Goundam.  Les concertations intercommunautaires ont eu lieu du 03, 04, et 05 Avril 2021 à Goundam qui avaient pour objectif  de prendre contact avec les chefs des villages et fractions en vue de préparer la grande rencontre de Goundam. Ces concertations étaient placées sous le signe de la cohésion sociale, la concorde et le vivre-ensemble et présidées par le préfet du cercle de Goundam, Mamadou Konaté. Plusieurs questions ont été abordées telles que : la cohabitation avec l’armée, du retour des réfugiés, du développement…. Et les participants ont eu des réponses à hauteur des souhaits. Il s’agit sur le découpage territorial surtout de la région de Taoudéni déjà entériner et opérer dans la région de Tombouctou par les plus hautes autorités qui ont été  bien étalées par Abdou Ag Abdourahamane et Ahmedou Ag Hantafey, tous conseillers spéciaux auprès des gouvernorats de Tombouctou et de Taoudéni. Cette Assemblée a jugé nécessaire de former trois commissions de travail sur les trois thématiques qui sont entre autres : découpage territorial, paix et sécurité.

À l’issue des travaux des commissions, il a aussi été question de la délimitation des frontières entre Tombouctou et Taoudéni. Il ressort de ces constats que suite à la création de la région de Taoudéni, les populations de Tombouctou ont connu une crise identitaire sans précédent. Les plus hautes autorités du pays ont décidé de nouvelles créations de régions non géographiquement délimitées. 

Les nouvelles collectivités dont la démographie et le fichier électoral ne font pas foi pour ces nouvelles entités. Des communes, des fractions qui n’existent que de noms perturbent le processus d’appui au développement des populations. À cela, il faut ajouter à une occupation anarchique du terrain à ciel ouvert des communes, cercles sans concertation aucune. C’est pourquoi les populations de la région de Tombouctou qui font frontières à celles de Taoudéni rejettent purement et simplement une quelconque délimitation sans concertation aucune de la frontière commune, et lancent un appel aux communautés concernées pour plus de cohésion, de dialogue afin de reconnaître à chaque partie son droit de population autochtone.

Concernant la thématique  portée sur la paix et la sécurité, après des échanges et discussions très ouvertes, la commission a retenue les principales causes et proposé des solutions et recommandations pertinentes.  Pour les causes de l’insécurité et du manque de paix, le non retour des populations créant le vide favorisant les bandits et criminels de tout genre ; le manque de crue des lacs ; l’impunité provoquée par le non fonctionnalité des services de repressions et de justice y compris les cadis. Il faut aussi ajouter le banditisme (vol de bétail, braquages à mains armées, enlèvement des personnes, véhicules et autres) entraînant souvent mort d’hommes. Il ya absences d’autorités ou mauvaise gouvernance ; la corruption sous toutes ses formes et dans tous les domaines ; manque de coordination entre les mouvements armés et les forces de défense et de sécurité ; pesanteurs sociales  et complaisance dans la façon dont les maires gèrent  les affaires communales ainsi que dans les cas de vol arrêté par les mouvements.

Quant aux solutions proposées lors de ces concertations intercommunautaires tenues à Goundam, il s’agissait entre autres : préparer le retour des réfugiés par la création de sites d’accueils avec toutes les commodités ; la mise en eau de tous les lacs de Tombouctou et celui du cercle de Goundam en particulier ; revaloriser les cadis ; revaloriser les autorités traditionnelles et coutumières ; créer une unité rapide mixte des Famas, Cma, Plateformer et mouvement de l’inclusivité qui, prête à être déployer pour traquer les bandits ; multiplier les patrouilles de surveillance ; accélérer le Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) ;  appliquer intégralement l’accord d’Alger ; mettre en place des comités de veille à chaque échelle (Villages, communes, et cercles).

Il faut noter que les communautés du nord, particulièrement celles de Tombouctou, de Taoudéni et de Goundam montent aujourd’hui au créneau contre cette réorganisation territoriale que notre pays s’apprête à faire. La jeunesse de Goundam n’est pas restée en marge de cette manifestation et a organisé un atelier assorti des revendications légitimes. Compte tenu de la situation, les populations de Tombouctou et environnants s’engagent à mener des actions salvatrices pour faire entendre l’État sur  la question. 

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